Planifier pour le meilleur et pour le pire

Si les couples planifient allègrement un mariage, l’achat d’une résidence ou la naissance d’un enfant, il en va autrement de leur avenir financier. Rares sont ceux à pouvoir se vanter de n’avoir négligé aucun détail. « En général, les couples ne sont vraiment pas à leur affaire, constate André Lacasse, planificateur financier aux Services financiers Lacasse. Parfois, ils ont suffisamment d’assurance et un bon fonds de pension, mais la planification financière va plus loin que ça. »

 

« Les gens sont de plus en plus conscients que la question financière se complexifie avec le temps et qu’il faut prendre les choses en main, note pour sa part Guylaine Dufresne, directrice principale, investissement et planification financière, à la Banque Laurentienne. Mais est-ce qu’ils font l’effort et prennent le temps de le faire? Ça, c’est autre chose. » Bref, les couples ont de belles intentions, mais plusieurs tardent à passer à l’action. Le problème, c’est que plus on attend avant de mettre de l’ordre dans ses finances, plus il devient difficile de corriger le tir si nécessaire, souligne Jean-François Guay, planificateur financier chez BMO.

Finances conflictuelles

Il faut bien admettre que les questions financières manquent de romantisme… quand elles ne sont pas carrément une source de conflits. Plus de la moitié des Québécois pensent même qu’elles contribuent à causer des divorces, selon un sondage réalisé par BMO l’an dernier. Cela explique sans doute que 11 % des Canadiens avouent, dans un sondage réalisé par MNP, cacher d’importants renseignements financiers à leur conjoint.

Pourtant, des discussions franches et une bonne planification financière peuvent aider à éviter bien des problèmes. « Souvent, les gens n’en discutent pas pour éviter les conflits, note M. Lacasse. C’est ironique parce que s’ils en parlaient davantage, ils trouveraient des solutions et il n’y en aurait pas de conflits. » Les experts recommandent d’ailleurs aux couples de faire un budget afin que chacun soit bien au fait des revenus et des dépenses. Il leur permet aussi d’établir ensemble leurs priorités.

Planifier ensemble… et seuls

De plus, si bien des amoureux sont disposés à passer leur vie ensemble, ils ne partagent pas nécessairement leurs plans de retraite. En effet, deux Québécois sur cinq affirment ne pas tenir compte de la situation de leur conjoint dans la planification de la retraite, selon un sondage de la Banque Laurentienne réalisé l’an dernier. À une époque où les unions sont fragiles, n’est-ce pas plus prudent? « Certaines personnes font des analyses conjointes et seules au cas où elles ne seraient plus ensemble, indique M. Guay. Je trouve cela bien que les gens le fassent. » Le conjoint peut être au courant de la démarche… ou non. Elle permet d’avoir un portrait clair de ce qui arrivera si les choses tournent mal.

Néanmoins, les couples ont tort de négliger la planification commune, car ils peuvent notamment passer à côté de belles économies d’impôt. « Si l’un des deux a un gros fonds de pension, il est peut-être mieux de cotiser au REER de son conjoint », donne en exemple Mme Dufresne. Ainsi, avant 65 ans, le couple pourra en tirer un revenu de retraite en étant moins imposé que si le montant provenait d’un seul des deux. S’il s’agit d’une union de fait, les conjoints doivent cependant être conscients que chacun repart avec son REER en cas de séparation!

Éviter les ennuis

Une bonne planification permet également de prévenir les conséquences désastreuses que peuvent avoir une maladie, une séparation ou un décès. Les conjoints de fait, par exemple, ne sont pas protégés comme les gens mariés et en l’absence d’une entente écrite, chacun reprend ce qui lui appartient en cas de séparation, dettes incluses! « Pour lui rendre service, Madame pourrait accepter de payer la voiture de Monsieur à même sa marge de crédit personnelle, par exemple, illustre Mme Dufresne. Or, s’ils se séparent, Monsieur peut garder la voiture à son nom alors que Madame sera prise avec la dette. » Malheureusement, des planificateurs financiers sont parfois témoins de situations semblables.

Les planificateurs financiers recommandent généralement à leurs clients de réviser leur plan annuellement ou à chaque grand changement dans leur vie (déménagement, naissance d’un enfant, mariage, séparation, etc.).

Première publication dans La Presse+, le 27 décembre 2015.

 

Nathalie Côté