Êtes-vous un voisin gonflable?

pelouse voisin gonflable

Chronique – Non seulement l’herbe est plus verte chez le voisin, mais son portefeuille est aussi plus garni, n’est-ce pas? Pourtant, il n’y a rien de plus trompeur que les apparences.

 

 

 

 

 

Ce voisin qui a une voiture de l’année devant sa grosse maison neuve reste peut-être éveillé jusque tard dans la nuit à travailler pour les payer. Ou tout simplement à faire de l’insomnie à cause de ses dettes. Peut-être pas non plus. Il a peut-être simplement un salaire plus élevé que le vôtre ou fait des choix différents.

Reste que l’on connaît rarement la réalité financière des autres, car le sujet demeure tabou. Vous en doutez? Demandez aux convives de dévoiler leur salaire et leurs dettes au milieu d’un souper de famille et vous allez voir l’ampleur du malaise qui va s’installer :-). Je l’ai expérimenté comme journaliste. J’ai eu moins de difficulté à trouver des gens prêts à parler ouvertement et publiquement de leur sexualité que des détails de leur situation financière.

Non seulement on se compare sans savoir, mais on essaie souvent d’égaler ou de surpasser les autres. Le phénomène du « voisin gonflable » est omniprésent. C’est même documenté! « Le taux de faillite augmente dans un quartier quand l’un de ses citoyens gagne un lot important », conclut notamment une étude à laquelle le journal Les Affaires faisait écho. Ouch!

D’où l’importance d’éviter la comparaison ou, à tout le moins, d’essayer de mettre les choses en perspectives. Je ne sais combien de fois mes enfants m’ont dit cet hiver à quel point certains camarades de classe étaient chanceux de faire des voyages dans le Sud. Chaque fois, je les questionnais. « Est-ce que cet ami va au service de garde matin, midi et soir? » Habituellement, la réponse était oui. Alors je leur expliquais que j’avais fait le choix de passer un peu plus de temps avec eux chaque jour plutôt qu’une semaine sous le soleil en hiver. Ce choix n’est ni meilleur ni pire, mais c’est le mien. Et je dois dire qu’il nous réussit plutôt bien.

Ce n’est pas toujours évident. Parfois, c’est même franchement difficile (en février à -40 °C!). Dans ces moments-là, je pense qu’il faut essayer de se concentrer sur ce qu’on a et qui nous rend heureux, plutôt que sur ce qu’on aimerait avoir. Cela ne signifie pas de mettre de côté ses objectifs et ses rêves, au contraire, mais ceux-ci doivent être motivants et non l’inverse. Pour cela, ils doivent être réalistes.

Croyez-moi, j’aimerais atteindre la même liberté financière que le couple « Riche Relaxe » qui envisage de prendre sa retraite à 40 ans. Mais ce n’est pas réaliste parce que même en appliquant les mêmes stratégies, mon revenu demeure moins élevé que le leur, entre autres. Je trouve leur témoignage inspirant, mais je dois adapter mes objectifs à ma réalité.

Et vous, comment arrivez-vous à combattre l’effet du voisin gonflable?

Nathalie Côté

Nathalie Côté

Journaliste chez Économies et cie
Journaliste depuis 18 ans, Nathalie Côté a travaillé plusieurs années dans la presse locale avant de devenir pigiste pour différentes publications dont La Presse et Protégez-Vous. Elle est la fondatrice d'Économies et cie.
Nathalie Côté

4 commentaires

  • J’ai été sensible à l’effet du voisin gonflable au début de la vingtaine. Avant d’acquérir des notions de littératie financière et de comprendre le phénomène de l’endettement. Je vivais dans une belle naïveté qui me laissait croire que les gens payaient leur voiture neuve et leurs voyages en argent comptant. En tant qu’étudiante croulant sous les dettes d’études et gagnant à peine de quoi subvenir à mes besoins, je me sentais doublement pauvre par comparaison! Puis, j’ai vu des collègues graduer après le baccalauréat, acheter des maisons neuves, des VUS, se payer de beaux voyages. Facebook aidant, je ressentais une profonde déprime à l’idée de ne pas pouvoir me payer toutes ces belles choses, puisque je demeurais une étudiante pauvre et endettée. Je rêvais d’acquérir les mêmes choses (c’était carrément un objectif!) et je ne comprenais pas que tout le monde autour de moi puisse y parvenir aisément. J’avais l’impression que tout le monde était riche.

    Et puis… j’ai commencé à m’éduquer sur les finances. Ironiquement, les erreurs de mes ami-e-s ont également contribué à mon éducation. Par le biais de confidences, j’ai appris que bien des gens dont j’enviais le style de vie croulaient littéralement sous les dettes. Dans cette même période de la mi-vingtaine, j’ai lu un classique: The Millionnaire Next Door, et j’ai commencé à suivre des personnalités influentes comme Gail Vaz-Oxlade. Cela complètement changé ma vision des finances et de la richesse. J’ai décidé que la mienne ne serait pas de type  »visible », mais qu’elle m’assurerait une liberté et une paix d’esprit (et ça, ça n’a pas de prix).

    Bien sûr, il m’arrive encore de voir ou d’entendre des choses qui suscitent chez moi une pointe d’envie. Je suis humaine! Mais j’arrive assez bien à relativiser après coup, et à me concentrer sur mes objectifs. Nous vivons dans un monde hyperconnecté et les gens confient aisément des pans entiers de leur vie privée sur le web. Il serait difficile de s’isoler complètement de ces torrents d’information. Nous n’avons pas de contrôle sur ce qui est divulgué, mais lorsque la tentation de se comparer survient, nous pouvons contrôler notre réaction. Se rappeler ses objectifs, regarder autour de nous et prendre le temps d’apprécier ce que nous avons, regarder derrière soi et apprécier tout le chemin parcouru: voilà autant de façons de relativiser et de ne pas se laisser emporter par les émotions.

    • Nathalie Côté

      Effectivement, le voisin gonflable est vite devenu «l’ami Facebook gonflable» et difficile d’échapper à cette information sans se déconnecter. Il faut se rappeler que les gens choisissent de montrer seulement ce qu’ils veulent qu’on voit, quand ils ne se mettent pas carrément en scène. Ce texte sur l’envers du décor d’Instagram est particulièrement éloquent je trouve.
      Dans un autre ordre d’idée, j’ai réalisé une entrevue avec Marie-Noëlle Lajoie, qui a, elle aussi, été inspirée par Gail Vaz-Oxlade. 😉

  • J’ai toujours trouvé que le phénomène du voisin gonflable était beaucoup plus vrai en banlieue qu’en ville. Après tout en ville, on connaît à peine nos voisins, et avec la densité, bonne chance d’être en haut de la pyramide!

    Mais de toute façon, avec ma façon de voir les choses, l’argent à toujours été pour moi une garantie de liberté, le dépenser afin d’exciter les envies des autres n’apporte rien de ce côté, cela est donc dépourvu d’intérêt!

    J’ai quand même pu observer le phénomène avec amusement lorsqu’il est arrivée que je me procure un objet convoitée ou populaire parce que j’en avais envie. Mais cela me surprend toujours lorsque cela provoque des achats dans mon entourage, puisque la chose est complètement étrangère à mon mode de pensée!

    • Nathalie Côté

      Ça fait certainement partie de l’image qu’on se fait de la banlieue, mais je ne suis pas prête à dire que la ville y échappe. Quand on regarde les variations de culture entre les différents quartier de Montréal, difficile de croire que leurs habitants ne s’influencent pas entre eux 😉