Consommer moins, mais mieux?

deconsommation

Difficile à croire en cette période de l’année, mais de plus en plus de Québécois réduisent leur consommation. La déconsommation arrive même au second rang des comportements écoresponsables, selon l’Observatoire de la consommation responsable.

 

 

 

 

 

En effet, 74 % des 1005 répondants disent avoir renoncé à acheter des produits dont ils n’avaient pas besoin. Quelque 62 % affirment avoir diminué leur consommation en général et 57 % leur consommation d’énergie.

Le minimalisme et la simplicité volontaire sont-ils vraiment si populaires? Pas nécessairement. Les données laissent penser que la déconsommation serait souvent subie et non choisie. « Statistiquement, les plus jeunes et les personnes au revenu plus faible sont davantage dans la déconsommation, analyse Fabien Durif, directeur de l’Observatoire de la consommation responsable. Est-ce qu’on peut faire l’hypothèse que c’est lié au pouvoir d’achat? Oui. »

Reste que le chercheur note un changement durable dans les habitudes de consommation depuis la crise économique de 2008. « Plusieurs études montrent une transformation réelle des comportements d’achat, explique-t-il. Chaque crise économique entraîne forcément une réduction de la consommation et du pouvoir d’achat. C’est toutefois la première fois que les gens continuent de mieux consommer même si leur situation s’est améliorée. » Le « fait à la main », les produits de seconde main et l’économie collaborative sont notamment tous en progression.

Acheter local, écolo, bio

L’achat local serait également une pratique populaire auprès des consommateurs, surtout dans le domaine alimentaire. Deux répondants sur trois indiquent que le lieu de fabrication des aliments est très important pour eux. « Depuis quelques années, on note aussi une plus grande présence des jeunes dans certaines catégories d’achat comme les produits écologiques et équitables », souligne M. Durif.

Par contre, une confusion importante demeure chez les consommateurs quant aux messages écoresponsables des entreprises. « La certification Aliments du Québec est une des mieux comprises, entre autres parce qu’il y a eu une énorme campagne de communication, constate M. Durif. Mais dès qu’on laisse l’alimentation et qu’on tombe dans les attributs environnementaux des produits, on voit qu’il y a de la confusion. Les gens ont du mal à comprendre ce qu’est un produit vert. Il y a tellement eu de publicités et d’allégations qu’ils ne savent plus comment réagir. Ils veulent de l’information, mais n’ont pas trop confiance dans celle qu’on leur donne. »

On pourrait se réjouir que les consommateurs fassent preuve d’esprit critique. Cependant, ils auraient plutôt tendance à mettre toutes les entreprises dans le même panier. « Dans certains cas, il y a un rejet complet sans essayer de comprendre, note M. Durif. C’est dommageable pour un grand nombre de marques et d’entreprises qui font des efforts impressionnants. Elles ont de la difficulté à se démarquer. »

Plus ça coûte cher, moins c’est vert

Par ailleurs, les critères écoresponsables occupent une place moins importante pour les consommateurs lors d’achats importants comme une voiture ou une maison.

Pour l’automobile, 39 % des répondants disent envisager d’acheter une voiture hybride et 35 % un modèle électrique. Pourtant, ils sont à peine 3 % et 1 % respectivement à en posséder une. « Les consommateurs veulent, mais il y en a peu qui le font », constate M. Durif.

Pour la maison, les caractéristiques écoresponsables arrivent loin derrière d’autres facteurs comme le prix, l’état de la propriété, son emplacement, etc. « C’est important, mais c’est après les critères de base, résume M. Durif. C’est donc déterminant pour les entreprises de mettre de l’avant ce que les consommateurs recherchent. Ensuite, elles peuvent parler l’aspect écoresponsable comme avantage additionnel et ça va toucher le consommateur. »

Nathalie Côté

Journaliste chez Économies et cie
Journaliste depuis 18 ans, Nathalie Côté a travaillé plusieurs années dans la presse locale avant de devenir pigiste pour différentes publications dont La Presse et Protégez-Vous. Elle est la fondatrice d'Économies et cie.
Nathalie Côté