Friperies : voler les pauvres?

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Chronique — Fréquenter les friperies d’organismes sans but lucratif lorsqu’on roule en BMW, n’est-ce pas « voler les pauvres »? Après tout, votre choix de véhicule suggère que vous avez les moyens d’acheter du neuf et de laisser ces dons à des gens réellement dans le besoin. Oui? Non? Peut-être?

 

 

 

 

En toute honnêteté, j’ai longtemps eu un malaise à aller dans ces friperies où les vêtements sont souvent revendus pour une bouchée de pain. Même si je ne roule pas sur l’or (ni en BMW), j’avais l’impression d’enlever de précieux vêtements et autres objets à des personnes qui en avaient beaucoup plus besoin que moi. Il y a plusieurs années, j’ai même écrit un article pour dénoncer ce que je percevais comme un détournement de dons.

Évidemment, on m’avait répondu que le fruit de la vente servait à financer des services pour les plus démunis. Reste que j’avais l’impression de déshabiller le pauvre Pierre pour habiller Paul.

Je dois avouer que mon raisonnement n’était pas sans faille. D’abord, qui suis-je pour juger des moyens des gens? Comme je l’ai déjà dit, il n’y a rien de plus trompeur que les apparences. Mais surtout, c’est oublier un peu vite dans quel monde de surconsommation nous vivons.

Gaspillage de vêtements

Chaque Québécois se débarrasse de 24 kg de vêtements en moyenne chaque année, selon Recyc-Québec. Cela totalise 190 000 tonnes de tissus. Si on en faisait une pile, celle-ci serait aussi haute qu’un immeuble de 18 étages! Près de 40% sont récupérés.

Dans le monde, 80 milliards de vêtements neufs sont consommés chaque année, rapporte le Huffington Post.

On peut conclure qu’il y a amplement de quoi habiller Pierre, Paul et leurs voisins. Bien sûr, trop de vêtements encore bons se retrouvent dans les vidanges plutôt que dans l’économie de seconde main. C’est dommage et on pourrait faire mieux. Reste qu’à la vitesse à laquelle la mode est consommée, je doute que l’on doive s’inquiéter pour l’approvisionnement des friperies des services d’entraide et autres. S’il y a un problème, c’est beaucoup plus la confusion qui règne parfois entre les boîtes de dons pour les organismes locaux et celles d’entreprises privées.

À ces chiffres, je pourrais bien sûr ajouter les conséquences humaines et écologiques de la mode jetable. J’y reviendrai dans un autre article éventuellement.

Solutions

Bref, vous me voyez venir, je pense maintenant que les friperies font partie de la solution… même si vous roulez en BMW. Ce n’est pas une question de moyens, mais de logique. C’est non seulement économique, mais c’est plus responsable et il y en a assez pour toute le monde.

Ce n’est pas la seule option, bien sûr. Certains font du troc entre amis. D’autres, doués avec du fil et une aiguille, transforment leurs vêtements.

 

 

Vous pouvez aussi acheter des vêtements neufs de meilleure qualité avec un style plutôt indémodable… et les user pendant quelques années. Oui, oui, ça se peut! Un jeune entrepreneur britannique a même lancé des chandails garantis… 30 ans!

Qu’en pensez-vous?

Nathalie Côté

14 commentaires

  • Rachel

    Je suis une adepte des friperies et des comptoirs de vêtements usagés depuis mon très jeune âge. Petite fille déjà je trouvais mon bonheur d’y aller avec ma mère et de repartir avec une tonne de vêtements pour pas cher. Plus tard, pour mes propres enfants ,conjoint et moi-même toujours ce même bonheur d’avoir trouvé des vêtements BEAUX, BONS, PAS CHERS!! Avec les années mes revenus ont chancelé…tantôt moins tantôt plus ..mais peu importe les entrées d’argent j’ai continué à fréquenter les friperies! Parce que pour moi c’est une question de valeurs…réutilisation des ressources, profiter d’un bien jusqu’au bout, mettre les priorités à la bonne place…vous voyez? Les friperies font partie d’un tout dans ma façon de vivre plus simplement dans mon quotidien…et ce indépendamment des moyens financiers.

  • Isabelle

    Oui c’est mieux pour notre belle planète de magasiner dans les friperies! Pour notre porte-feuille je commence à avoir des doutes. Après avoir fait faillite je n’ai pas eu le choix de chercher les meilleurs prix et je vois que certaines chaînes comme le village des v (dsl de nommer) ont augmenté leurs prix. Tout dépendant de ce qu’on recherche on peut trouver du neuf ailleurs pour le même déboursement. Je crois alors que le fait que des mieux nantis magasinent dans les places seconde main a un effet sur les plus pauvres. Renaissance reste plus abordable tout comme la st-vincent-de-paul. Mais je crois être témoin d’un embourgeoisement même de ces places. Il y en a assez pour tout le monde… Et tout le monde devrait pouvoir s’acheter des bottes et un manteau. Et ce n’est pas tout le monde qui peut payer 25$! C’est moins cher que chez Sport expert mais ça reste de l’usager!

    • Nathalie Côté

      Oui, je comprends. Dans le cas du Village des valeurs, puisqu’on en parle :-), il ne s’agit pas d’un organisme sans but lucratif, mais bel et bien d’une entreprise. Elle remet de l’argent à certains organismes, mais comme entreprise elle doit faire des profits. C’est peut-être ce qui explique l’augmentation des prix que vous avez constatée.
      Sinon, une autre option dont je n’ai pas parlé, mais qui peut être intéressante, ce sont les dons. Entre proches, bien sûr, mais certains offrent aussi des choses à donner dans les sites de petites annonces sur Internet ou dans des groupes Facebook.

  • Ah j’aime ce billet! J’ai passé par le même raisonnement. Quand j’ai eu mon aîné, il y a 10 ans, je ne voulais que du neuf autant pour tout l’attirail que ça demandait que d’avoir un bébé que pour les vêtements qu’il porterait. Peu importe la marque, la qualité, tant que c’était neuf, ça faisait mon affaire. Puis, j’ai eu une amie qui avait les mêmes moyens que moi qui était adepte du village des valeurs. Je ne comprenais pas pourquoi jusqu’à ce qu’elle me donne les détails de ses factures, que fiston se mette à user les genoux de ses pantalons et qu’une petite fille s’est ajoutée à l’équation. Maintenant, j’ai 4 marmots à habiller en plus de moi qui suis taille forte ce qui coûte une fortune (il y a un homme aussi dans le lot mais il travaille en uniforme et n’use pas ses guenilles vite, vite!) Nous ne sommes pas à plaindre financièrement mais je ne peux pas refaire 4 garde-robe en plus d’acheter des habits de neige, des nouvelles bottes et des espadrilles pour tous à chaque saison d’autant plus que fi-fille est la seule à porter ses vêtements. Quand les enfants ont besoin d’un morceau, je fais toujours un stop à la friperie ou au village des valeurs, c’est immanquable et j’y trouve souvent des trésors!

    • Nathalie Côté

      Merci beaucoup! Effectivement, c’est particulièrement intéressant avec les jeunes enfants puisqu’ils grandissent tellement vite qu’ils n’ont souvent pas le temps d’user leurs vêtements. Souvent, quand on les achète en friperie, ils ont l’air neuf.

  • PASTOURET

    je suis pour ce genre d’initiative mais je préfères l’échange! des containers verts on envahit notre ville c’est bien en soi que les habits soit recyclés ,un bémol pourtant ces vêtements sont lavés et revendus sur les marchés,friperie,(qui ressemble à des magasins vu les prix qu’ils pratiquent… alors que nous nous sommes dans le DON…on devrait plus jouer sur l’associatif….faire des journées dons de vêtements ou chaque indidvidu vienne avec ce qu’ils ne portent plus …..échange avec d’autres ou pas.d’ailleurs…parce que je pense que passer par ces RESEAUX engraisse encore les toujours les mêmes…..et ça ce n’est pas dans mes valeurs …..

  • Pour ma part, étant nomade, j’ai délaissé les friperies puisque je pouvais m’y rendre moins fréquemment (et c’est quand on s’y rend fréquemment qu’on peut dénicher de belles trouvailles!) mais j’ai opté pour avoir moins de vêtements. Vu l’espace réduit dans notre maison sur roues, certains diront que je n’ai pas trop le choix. Mais c’est tout de même un choix. Une paire de jeans, une paire de pantalon noir confortable, quelques jupes, quelques tshirts, quelques manches longues,…
    Des vêtements simples et tout aller, indémodables. Juste en avoir moins. Quand je ne veux plus les mettre, c’est qu’ils sont trop abimés. Pas parce qu’ils ne sont plus à mon goût.

  • Je suis aussi une adepte des friperies! Pour le coté économique bien entendu, mais ussi pour le côté écologique : réutiliser avant de recycler.
    Depuis quelques mois, je consacre ma vie à réparer des invendables et les vends ensuite sur ma petite friperie en ligne.
    Je crée aussi des accessoires avec le tissus des vêtements non réparables et des retailles.
    C’est ma part pour la planète!