Jongler avec les conséquences d’un vice caché

rénovations vice caché

Parents d’une jeune adulte et d’un garçon au primaire, Nancy et Patrice vivent un cauchemar avec leur maison de rêve. Des travaux imprévus, mais incontournables de 60 000 $ ont grandement déséquilibré leur budget. Comment pourront-ils y arriver?

 

 

 

 

Acquise en 2009, la maison a été bâtie en autoconstruction par la propriétaire précédente. Le couple avait puisé dans ses épargnes et dans une marge de crédit pour payer la mise de fonds. Au fil des ans, il a effectué plusieurs travaux : terrassement, asphaltage de l’entrée, etc. Sa valeur actuelle est d’environ 260 000 $. L’hypothèque est de 155 700 $.

Il y a trois ans, le couple s’est attaqué à son endettement. Il a fini de payer les voitures et ses prêts étudiants. Il a réussi aussi à augmenter son épargne. Il jouit enfin d’une marge de manœuvre! « On en avait enfin fini avec le stress », note Nancy.

Vice caché

Puis, au printemps dernier, survient un dégât d’eau. Les assurances acceptent de payer 16 000 $ pour remettre la maison en état. Sauf qu’un important vice caché a été découvert. Un expert a estimé à 60 000 $ les travaux nécessaires pour corriger la situation.

Évidemment, le couple s’adresse à l’ancienne propriétaire pour obtenir un dédommagement. « Le problème, c’est qu’elle a eu de grandes difficultés financières. Elle a déjà décaissé ses REER, explique Nancy. Les possibilités qu’elle fasse faillite sont grandes. »

Ils acceptent finalement un dédommagement de 15 000 $ seulement dans le cadre d’une entente à l’amiable. « C’est insuffisant, mais éviter les frais judiciaires demeure une bonne option, souligne Nancy. Nous espérons ne rien trouver de plus grave encore en cours de route… »

Entre temps, comme ils devaient commencer les travaux, Nancy et Patrice ont contracté une nouvelle marge hypothécaire de 50 000 $. Ils ont accumulé 18 000 $ en dettes sur celle-ci. « Vaudrait-il mieux utiliser les 15 000 $ pour payer les travaux, pour rembourser l’autre marge de crédit de 6500 $, pour l’investir dans un REER ou un CELI ou encore pour faire un remboursement anticipé sur l’hypothèque? », questionne Nancy.

N’ayant plus de marge de manœuvre dans son budget, elle est aussi tentée de réduire son épargne. « Mais je me dis que je dois penser aux intérêts composés et continuer d’épargner », souligne-t-elle.

Nancy et Patrice ont des revenus de 62 000 $ et 75 000 $ respectivement. Pour sa retraite, Nancy a 40 000 $ de régime enregistré d’épargne-retraite (REER). Elle a aussi un fonds de pension de 37 500 $. Patrice, lui, a un REER de 33 500 $, un fonds de pension de 28 500 $ et un CRI de 4500 $. Ils ont aussi 9500 $ dans un compte d’épargne libre d’impôt (CELI)et 5600 $ dans un régime enregistré d’épargne-études (REEE).

La solution

La stratégie proposée par les experts est assez simple. « Je prendrais le solde de sa marge de crédit et je le rembourserais totalement avec la marge de crédit hypothécaire dont le taux est un peu moins élevé, conseille Christian Paré, planificateur financier chez Aisance gestion de patrimoine. Quant aux 15 000 $, il serait préférable de les utiliser pour payer les travaux. »

Pour diminuer leur stress et dégager une marge de manœuvre, le couple pourrait également diminuer un peu son épargne. Les conséquences ne seraient pas catastrophiques. « Présentement, Patrice met environ 15 % de son revenu brut de côté, incluant son régime de pension à cotisations déterminées, évalue André Lacasse, planificateur financier chez Services financiers Lacasse. Pour Nancy, c’est environ 13 %. C’est beaucoup. »

Afin de placer les priorités à la bonne place, les experts consultés signalent cependant que le couple aurait besoin d’un plan d’ensemble. « Il nous manque quelques données, mais il serait simple faire une simulation en tenant compte de l’espérance de vie et de l’inflation, note M. Lacasse. On peut faire différents scénarios. Ils sont dans la trentaine, ils peuvent encore s’ajuster facilement. » Ce portrait les rassurerait probablement.

Placements

Le couple pourrait aussi être mieux conseillé dans ses placements. « Avec les fonds de travailleurs, l’économie d’impôt est super intéressante, convient M. Paré. Mais ça reste des fonds considérés comme spéculatifs. Ça manque de flexibilité, on ne peut pas sortir l’épargne de là pour repositionner le portefeuille. Si on parlait de 5 % à 10 % d’un portefeuille, ça pourrait être correct. Mais là, c’est presque 100 %, c’est énorme. » De plus, ils ont contracté un prêt REER de 8500 $. Cette stratégie est rarement recommandée, ajoute M. Lacasse.

Par ailleurs, compte tenu des subventions offertes, investir davantage dans le REEE serait une option à regarder attentivement. « Si l’enfant a la possibilité de faire des études postsecondaires, c’est la voie que je privilégierais, avant de cotiser dans les REER ou les CELI, souligne M. Paré. Surtout qu’ils ont déjà des fonds de pension. » Il rappelle au passage qu’ils pourront prendre une partie de cet argent pour cotiser à leurs REER plus tard.

Aussi, comme les voitures du couple comptent déjà huit et dix ans, il devrait épargner en vue de leur remplacement.

Finalement, comme Nancy et Patrice ont un enfant mineur, les experts leur recommandent aussi de vérifier que leurs assurances.

 

Version adaptée d’un texte publié précédemment dans La Presse.

Nathalie Côté