Retour aux études : comment payer la facture?

femme retour aux études REEP

Faire un retour aux études pour augmenter son niveau de vie est un beau projet. Mais comment survivre financièrement à une année sans salaire?

 

 

 

 

 

À 55 ans, Lucie travaille depuis plusieurs années dans le monde communautaire. Mère d’un garçon de 22 ans aux études universitaires, elle doit subvenir seule à ses besoins. Leurs dépenses sont d’environ 2250 $ par mois.

Elle possède un condo de 210 000 $ avec une hypothèque de 140 600 $. Elle a également 14 200 $ sur sa marge de crédit (limite:  20 000 $) et 1000 $ sur une carte de crédit.

L’an dernier, son revenu net s’élevait à 29 380 $. « J’aimerais augmenter mon revenu, note Lucie. J’aimerais avoir plus d’argent pour mes loisirs et pour ma retraite. »

Retour aux études

Pour ajouter des cordes à son arc et obtenir un poste mieux payé, elle compte donc faire un retour aux études. « J’ai commencé à chercher un emploi, car mon contrat de travail se termine bientôt, explique-t-elle. J’ai réalisé qu’il me manquait certaines connaissances pour accéder aux postes auxquels j’aspirais. » Grâce à sa formation, elle croit pouvoir obtenir un salaire de 50 000 $ par année.

Récemment, elle a terminé un programme court de deuxième cycle dans ses temps libres. « À un seul cours à la fois, ce n’était pas si pire, indique-t-elle. Par contre, j’aimerais en faire trois par session, et ce serait trop avec le travail en plus. »

Comme son contrat de travail se termine en juillet, la prochaine rentrée est un bon moment pour se lancer. Elle a donc fait une demande d’admission à l’INRS. Son objectif: obtenir un diplôme d’études supérieures spécialisées (DESS) qui pourrait être transformé en maîtrise éventuellement. « J’ai vu qu’ils offraient des bourses pour les étudiants, ça pourrait m’aider », note-t-elle. Elle pensait boucler le reste de son budget grâce au programme gouvernemental de prêts et bourses.

Quant à sa retraite, elle est bien loin d’avoir envie de la prendre pour l’instant. « Je vois des gens qui travaillent jusqu’à 70 ou 75 ans. Je trouve ça vraiment inspirant, note-t-elle. J’aimerais bien travailler aussi longtemps. » Elle compte retarder ses demandes au Régime de rentes du Québec (RRQ) et à la Sécurité de la vieillesse du Canada. À 70 ans, elle obtiendra 12 600 $ par an du premier et 9574 $ de la deuxième. Quant à son fonds de pension, il devrait lui verser 4648 $ par année à compter de 70 ans. Elle a aussi accumulé 19 000 $ dans son régime enregistré d’épargne-retraite (REER)

Aide financière

Malheureusement, l’INRS offre des bourses uniquement aux étudiants inscrits à la maîtrise et au doctorat. Ceux inscrits au DESS ne sont pas admissibles. De plus, même si Lucie s’inscrivait à la maîtrise, rien ne garantit qu’elle en obtiendrait une. Cela dépendrait entre autres de son dossier scolaire. De plus, étant indisponible pour occuper un emploi, elle n’aura pas droit à l’assurance-emploi. Néanmoins, il y a d’autres façons d’atteindre ses objectifs.

Lucie pourrait obtenir 3300 $ en prêt, selon une simulation réalisée sur le site de l’Aide financière aux études. Elle toucherait aussi 9800 $ en bourse pour l’année 2018-2019. Pour y avoir droit, elle devra toutefois suivre au moins quatre cours (12 crédits) par session. C’est le minimum pour être considérée comme étudiante à temps plein. Sinon, elle n’aura droit à aucune bourse. Comme elle aura besoin d’environ 30 000 $ pour payer ses dépenses, y compris ses cours, ces sommes seront insuffisantes.

Elle pourrait toutefois combler le manque à gagner en retirant des sommes de son REER. « Le Régime d’encouragement à l’éducation permanente (REEP) permet de retirer jusqu’à 20 000 $, explique David Truong, conseiller au Centre d’expertise de Banque Nationale Gestion privée 1859. C’est un maximum de 10 000$ par année à temps plein. Il faut ensuite rembourser les montants retirés du REER. Le rythme est d’un dixième du total par année jusqu’à ce que le solde soit à zéro. »

Lucie pourrait donc retirer 10 000 $ en 2018 et 9000 $ en 2019 pour son retour aux études. Elle aurait ainsi les sommes nécessaires pour étudier l’esprit en paix. « Sa marge de crédit pourra lui servir de coussin de sécurité », note M. Truong.

L’impact sur la retraite

Combien de temps Lucie pourrait-elle maintenir son train de vie sans étudier et en conservant le même salaire? Jusqu’à 83 ans. « Ce qu’elle va recevoir des régimes publics et du régime de retraite de son employeur va pratiquement équivaloir à ses dépenses actuelles, souligne M. Truong. Sauf que ce dernier n’est probablement pas indexé à l’inflation. D’un autre côté, son fils va probablement voler de ses propres ailes. De plus, l’hypothèque du condo sera remboursée. Donc même sans augmentation de salaire, je ne serais pas trop craintif. »

Cependant, si elle décroche un poste avec un salaire annuel de 50 000 $ après ses études, ce sera plus avantageux. « Elle va rentrer assez vite dans son argent, c’est un très bon investissement, note M. Truong. Elle aura un surplus de plus de 14 000 $ par année jusqu’à ses 70 ans. » Elle devra rembourser son prêt étudiant et son REEP, bien entendu, mais pas la bourse qu’elle aura reçue.

« Elle va pouvoir mettre plus d’argent de côté pour sa retraite tout en augmentant un peu son niveau de vie d’ici là », indique M. Truong.

À long terme, son retour aux études sera donc payant!

 

Version adaptée d’un texte publié précédemment dans La Presse.

Nathalie Côté
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Nathalie Côté

Rédactrice en chef chez Économies et cie
Journaliste depuis 18 ans, Nathalie Côté a travaillé plusieurs années dans la presse locale avant de devenir pigiste pour différentes publications dont La Presse et Protégez-Vous. Elle est la fondatrice d'Économies et cie.
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