Location avec option d’achat: la prudence s’impose

Devenir (ou rester) propriétaire malgré un crédit entaché, un emploi précaire ou après une faillite demeure possible. C’est ce qu’offrent des entreprises spécialisées dans la location avec option d’achat. Mais la prudence s’impose avant de se lancer dans l’aventure.

Le principe est simple : les entreprises achètent pour vous la maison de vos rêves et vous la louent ensuite. Le contrat prévoit que vous pourrez l’acheter de deux à trois ans plus tard.

Vous avez un pépin et la banque refuse de renouveler votre hypothèque ? Des entreprises rachètent même votre propre maison et vous la louent, le temps que vous vous refassiez une santé financière. Différentes formules existent. Certaines demandent une mise de fonds d’au moins 10 %. D’autres réclament un loyer plus élevé, dont une partie est déduite du prix d’achat.

L’entente implique cependant davantage qu’un simple bail. « C’est comme une véritable offre d’achat jumelée à un contrat de location, signale Simone Bilodeau, conseillère budgétaire à l’Association coopérative d’économie familiale Rive-Sud de Québec (ACEF). Il est fortement recommandé de consulter un notaire avant de signer. »

« Quand nous examinons les dossiers, nous nous assurons que les gens seront en mesure d’acquérir la maison dans trois ans », indique Jacques Dionne, courtier immobilier hypothécaire agréé du Groupe Carrefour immobilier du Québec. De la vingtaine de transactions réalisées par l’entreprise, seulement deux ménages ont dû plier bagage, incapables d’acheter la maison. Dans ce cas, les locataires perdent aussi leur acompte s’ils ne trouvent pas d’acheteurs.

« Dans notre démarche, les clients doivent d’abord rencontrer un courtier hypothécaire pour voir s’il y a possibilité de rétablir le crédit et de racheter la propriété, explique M. Dionne. Après, il y a un suivi avec un spécialiste en crédit pour redresser la situation. »

L’affirmation fait sourciller Sylvie De Bellefeuille, avocate et responsable par intérim du service budgétaire et juridique d’Option consommateur. « Est-ce que la personne va donner des conseils appropriés ? Ces gens ne sont pas nécessairement de mauvaise foi, mais ça ouvre la porte à n’importe quoi », note-t-elle.

Selon M. Dionne, la location avec option d’achat est intéressante, car les personnes qui ont des problèmes de crédit auraient un taux d’intérêt élevé chez un prêteur non traditionnel. Avec la location-achat, le paiement mensuel est donc souvent plus petit.

Les locataires-acheteurs doivent cependant payer les frais de notaires et les droits de mutation deux fois plutôt qu’une puisque l’entreprise leur refile la facture. Même chose si des rénovations urgentes s’avèrent nécessaires. Le coût de la réparation du toit qui coule s’additionnera au prix de la maison. « Pendant que les gens paient le loyer, l’argent ne contribue pas à réduire l’hypothèque », fait aussi remarquer Sylvie De Bellefeuille

Selon la situation, vendre la maison pourrait être plus avantageux. Elle recommande donc aux personnes tentées par cette option d’être prudentes et d’analyser leur situation avec un professionnel neutre.

Mme Bilodeau insiste pour sa part sur l’importance de prévoir une clause relativement au prix de la résidence à terme. « Les maisons ne perdent généralement pas de valeur, mais le marché peut se retrouver au ralenti à cette période, souligne-t-elle. Il pourrait aussi s’emballer et la maison vaudrait alors plus que ce que vous pouvez payer. »

Finalement, l’organisme d’autoréglementation du courtage immobilier du Québec (OACIQ) note que de confier la négociation à un courtier permet de mieux protéger le locataire-acheteur. « Il a un devoir d’information et de conseil et doit éviter de se placer en conflit d’intérêts, indique Hélène Morand, syndic de l’OACIQ. Il y a également des protections comme un fonds d’indemnisation en cas de problème et l’obligation faite aux courtiers d’avoir une assurance responsabilité professionnelle. »

 

Première publication dans La Presse+, le 20 décembre 2014.

 

Nathalie Côté

Journaliste chez Économies et cie
Journaliste depuis 18 ans, Nathalie Côté a travaillé plusieurs années dans la presse locale avant de devenir pigiste pour différentes publications dont La Presse et Protégez-Vous. Elle est la fondatrice d'Économies et cie.
Nathalie Côté